Ces derniers jours, je les ai passés à explorer les profondeurs du Saint-Laurent marin. Dans le coin de Baie-Comeau, tout d’abord, mais nous nous sommes ensuite déplacés vers l’Île-aux-oeufs, à 1h de route vers l’est.
Depuis quelques années, les températures de l’eau sont trop chaudes dans l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent. C’était donc avec une certaine appréhension que je m’apprêtais à y réaliser mes premières plongées de la saison. (J’ai passé l’été dans le coin du lac St-Pierre, près de Trois-Rivières).
À Baie-Comeau, l’eau était normale. Nous avons réalisé des plongées à 3 ou 4 degrés celsius, ce qui correspond aux normales de la région. Ça faisait changement des plongées de l’été dernier qui affichaient toutes des températures au-delà des 10 degrés.
Les anémones, framboises, concombres et autres psolus se portaient bien à Baie-Comeau. Mais les poissons se faisaient très rares. Je ne sais pas trop pourquoi, mais c’est inquiétant.
Nous avons eu la chance de croiser la route d’un gros troupeau de phoques gris. Évidemment, il n’en fallait pas plus pour que certaines personnes prétendent, sur les réseaux sociaux, que ce sont eux qui ont mangé tous les poissons. Le problème n’est pas là. Un phoque ne mange pas de petites poules de mer ou des stichées arctiques. Et ces poissons étaient eux aussi absents. Pour ce qui est de la morue, les faibles niveaux d’oxygène en profondeur sont beaucoup plus problématiques que la prédation exercée par le phoque gris.










Du côté de l’Île-aux-oeufs, la situation était beaucoup plus préoccupante. En haut de la thermocline qui se trouvait à 10 mètres, l’eau était atrocement chaude. 14 degrés pour être plus précis. La faune du Saint-Laurent ne peut supporter de telles températures sans en être affectée durement. Et c’était bien le cas.

Les dernières plongées que j’avais réalisées à l’Île-aux-oeufs, c’était en 2017 ou 2018. Et c’était magnifique. Cette semaine, j’ai été catastrophé d’observer à quel point la vie y avait reculé. Les récifs y étaient souvent dénués complètement de vie. La grosse colonie d’éponges digitées qui se trouvait face au sud avait complètement disparu, emportant avec elle les anémones et autres animaux. Il ne restait plus que de éponges sur la façade nord de l’île.
Aucun poisson de bonne taille à cet endroit là aussi. Mais j’ai été heureux d’y voir des milliers de petits crapauds de mer nains, de même que des sébastes juvéniles. Il y avait aussi beaucoup de mysis. C’est encourageant pour la suite des choses.
Ce qui l’est moins, c’est que l’eau chaude attire des hordes de homards affamés. L’Île-aux-oeufs est maintenant un site envahi par les homards. On en trouve un dans chaque anfractuosité, et plusieurs sont vraiment énormes. Quel est l’impact réel de ces animaux sur nos écosystèmes? Je ne saurais dire. Mais les biologistes devront se pencher là-dessus prochainement.














Qu’est-ce qui adviendra du Saint-Laurent dans les années à venir?, bien malin celui qui pourrait le dire très précisément, à ce stade-ci. Mais une chose demeure: les événements qu’on observe actuellement ne pointent pas dans la bonne direction.
Il nous faudra, un jour ou l’autre, nous concentrer vraiment, et collectivement, à trouver des solutions avant qu’il ne soit trop tard. Les eaux trop chaudes, qui s’acidifient à cause du CO2 dans l’atmosphère et la chute des taux d’oxygène en eau profonde pourraient carrément transformer le Saint-Laurent en vaste zone morte. Si on veut l’éviter, nous devons nous retrousser les manches. Et ce, dès MAINTENANT!


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