Progression de mes terrariums à amphibiens

Quand j’ai acheté mes dryopsophus caeruleus (rainettes de White), j’ai réfléchi à ce que je pensais de la captivité pour de tels animaux. Et j’ai décidé d’y aller malgré mes réticences premières.

D’une part, parce que je me suis assuré que ces individus étaient nés en captivité. Et c’est le cas. Ces rainettes n’ont donc jamais connu la vraie nature.

L’autre raison qui m’a poussé à les prendre, c’est que si je ne l’avais pas fait, d’autres les auraient achetées. Et la plupart les gardent dans des terrarium trop petits. Avec des plantes de pastique. Je voulais leur offrir plus grand. Et dans un environnement tout de naturel composé.

J’suis par contre en train de perdre le contrôle des plantes des étages supérieures. Mais j’ai de la misère avec mes plantes de couvre-sol. Les deux rainettes de White qui s’y trouvent les piétinent et elles meurent. Elles sont aussi affaiblies par les plantes du haut qui bloquent la lumière.

J’ai moins de misère à conserver mes plantes dans le terrarium des hyperolius fusciventris. Mais ce sont des grenouilles qui ne sont pas plus grosses que le bout du doigt. Ça prendrait une méchante plante délicate pour qu’elles l’écrasent 😉

L’amaryllis qui se trouve en avant-plan devra être déplacé. Cette plante pousse rapidement et devient vraiment trop grosse pour un tel terrarium.

Post-production: jusqu’à quel point je transforme mes photos

Les logiciels de traitement d’images, style Photoshop, sont devenus ultra puissants. On peut transformer considérablement une image, à un point tel qu’il ne s’agit même plus de photos mais bien d’illustrations.

Ne vous laissez pas leurrer par ce que vous voyez. Plusieurs images sur les réseaux sociaux sont énormément retouchées. Certains se permettent d’ajouter des éléments, ou même de remplacer le ciel dans un paysage. Est-ce éthique de faire de telles modifications? Si on les annonce publiquement, je considère que oui. Si on les dissimule, ce ne l’est plus du tout, alors non.

Évidemment, le simple fait d’utiliser une caméra pour capter un moment en nature est une façon de tronquer la réalité. Qu’on le veuille ou non, qu’on prétende le contraire ou pas. L’image obtenue sera toujours différente de celle perçue par nos yeux. Ne serait-ce qu’au moment de choisir l’objectif, on détermine déjà l’impact sur la réalité qu’on obtiendra. Le rendu procuré par un 16mm ne ressemblera pas à un rendu obtenu par un 35mm, voire un téléobjectif. L’ouverture du diaphragme et la vitesse d’obturation ont aussi des impacts déterminants sur l’image créée. Au moment de faire ces ajustements, c’est un choix éditorial que l’on fait, il s’agit d’un coup de créativité que se permet le photographe. Et c’est très correct ainsi. Après tout, la photographie demeure une discipline artistique.

Sous les flots, ce qui influence le plus mes images, c’est bien sûr l’utilisation de l’éclairage. Si je n’avais pas de lampes quand j’explore les profondeurs sous-marines, c’est clair que mes photos seraient ternes, vertes. C’est vrai pour la photographie dans l’estuaire du Saint-Laurent, mais c’est aussi vrai pour la photographie dans les mers du Sud (les photos seraient alors davantage bleues que vertes, par contre, et ce, parce que ces eaux chaudes sont beaucoup moins chargées en phytoplancton que les eaux d’ici).

Une fois de retour au bureau, le traitement que j’effectue sur les photos à l’aide du logiciel Lightroom a aussi un impact important sur mes photos. Je configure toutes mes caméras afin de prendre des photos en format RAW (images brutes). C’est ainsi qu’on obtient toute la souplesse voulue pour ajuster les photos à peu près comme bon nous semble. Un format JPEG est compressé et les couleurs sont fixées par la caméra, ce qui laisse beaucoup moins de latitude au photographe au moment de la post-production. C’est pourquoi je n’utilise pas cette méthode de travail.

Ceci étant dit, est-ce que ça signifie que je triche et que je transforme énormément mes photos? Trop peut-être? Non, j’ose affirmer. Les caméras d’aujourd’hui, bien qu’elles sont beaucoup plus performantes qu’elles ne l’étaient il y a seulement quelques années de cela, ne parviennent encore pas à nous offrir une plage dynamique qui corresponde à l’oeil humain. Elles perçoivent beaucoup moins bien que notre oeil les blancs, les noirs, les couleurs. Les logiciels nous permettent de palier à ces lacunes et d’ajuster les images afin qu’elles ressemblent plus à ce que le photographe a vu sur le terrain, au moment de la pose.

En ce qui me concerne, voici ce que je me permets de faire sur une photo.

Au moment d’en sélectionner une que je considère intéressante, je commence par vérifier si l’exposition est correcte. Si elle ne l’est pas, je corrige un peu. Pas beaucoup car si on débouche trop les ombres, on crée du bruit et on détruit la qualité de l’image. Les assombrir se fait mieux, mais il est rare que je doive le faire considérant les environnements peu lumineux où je travaille normalement.

Je regarde ensuite le cadrage. Il m’arrive de recadrer plus serré, afin de bien mettre le sujet principal en valeur. Vient ensuite la recherche de taches (résultat d’une poussière sur le capteur). Si j’en perçois, je les efface avec l’outil « suppression des défauts ».

Toujours, j’ajuste ensuite les blancs et les noirs. Je monte un peu les blancs, je baisse un peu les noirs. Ça donne plus de contraste à mes photos. Presque toujours, par la suite, je baisse un peu les hautes lumières. Je termine en montant un peu la texture et la clarté; mais pas trop car ça donne un effet artificiel à la photo si on exagère. Si j’ai travaillé avec des ISO élevés au moment de la capture de l’image, je réduits un peu le bruit. Et c’est tout.

Le traitement d’une photo me prend tout au plus quelques minutes. Je n’ajoute pas de poissons. Je n’invente pas des couleurs. J’essaie de respecter au maximum ce à quoi a vraiment l’air l’estuaire du Saint-Laurent sous les vagues.

Voici le résultat final d’une photo traitée.

Et voici une image qui nous présente la photo au moment de la sortie de la caméra, le avant, et la photo au moment de la sortie du logiciel Lightroom, le après. On voit bien que la photo traitée est plus contrastée, plus éclatante. Mais on voit aussi que la différence n’est pas si énorme que ça non plus. Il n’y a pas de couleurs inventées, le cadrage n’a pas changé. Il y a surtout l’exposition qui a été modifiée.

Avant le piégeage vient le repérage

J’ai commencé ces jours-ci à vous parler de piégeage photographique. Des photos qu’on en retire et qui savent étonner.

Mais avant d’y parvenir, il faut bien se préparer. Et pour l’être, j’utilise des « trail caméras ». Ce sont des caméras qui sont utilisées par les chasseurs pour découvrir les habitudes de leurs gibiers. Si ça marche pour tuer les animaux, ça marche aussi pour les photographier.

En regardant ces vidéos, de retour chez soi, on découvre par où accèdent nos sujets à notre site. On voit aussi ce qui ne fonctionne pas dans la configuration de notre piège. Et on apprend quelles heures sont les plus rentables pour les affûts dans ce secteur.

Dans ces vidéos, on voit aussi l’importance qu’il y a de bien protéger son équipement quand on l’implique dans une stratégie de piégeage. Les ours sont particulièrement enclins à tout bousculer. Un petit chenapan m’a même volé une de mes « trail caméras ». Lui, en l’occurrence. On voit bien qu’il a tout du petit malcommode qui ne se gênera pas pour foutre le bordel dans le piège 😉

À venir jusqu’à aujourd’hui, j’ai placé mes flashs dans de simples boîtes du style tupperware qui permettent de bien protéger l’équipement des intempéries, mais aucunement des ours. Je devrai remédier à cela avant le printemps prochains. Les ours ont une tendance à vraiment frapper mes flashs. Ils semblent aimer les faire tomber 😉 À voir dans cette vidéo:

Mais ils apprécient aussi le caisson où se trouve la caméra. De ce côté, par contre, je suis bien protégé. Ma caméra se trouve dans des boîtiers Pelican. Les photographes les utilisent en Afrique car ils peuvent même résister aux mauvais traitements dispensés par les éléphants. Alors je me dis que si ça résiste aux éléphants, ça devrait survivre aux explorations des ours noirs.

L’Ours noir: fabriqué pour résister à l’hiver québécois

Il y a un mythe concernant cet animal extraordinaire. On entend souvent dire qu’il hiberne. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Durant l’hiver, l’ours noir (Ursus americanus) entre plutôt dans un état de torpeur. Une sorte de léthargie. Mais il peut se réveiller à tout moment. Surtout s’il est dérangé. C’est pourquoi, il faut prendre bien des précautions et ne pas s’approcher du lieu qu’un ours a choisi pour passer l’hiver.

Une autre légende, probablement issue des dessins animés, nous porte à croire que l’ours se trouve une grande caverne. Et que c’est là qu’il vit, été comme hiver. Alors qu’en fait, lorsque l’ours sent le moment d’entrer en repos afin de passer l’hiver, il cherchera bien davantage des souches, des arbres renversés, sous lesquels il creusera et s’enfouira. Il peut aussi se loger dans des troncs d’arbres, et même des huttes de castors. Les femelles élaborent de meilleurs abris hivernaux que les mâles, les tapissant de feuilles et de fougères.

Ces lieux sont repérables l’hiver car l’ours, en respirant, et de par sa chaleur, crée des genres de cheminées dans la neige. Des espèces de trous de respiration, si on veut. Il ne faut surtout pas s’en approcher, au risque de déranger l’ours qui y dort, et risquer ainsi de mettre sa sécurité physique à mal.

Il faut savoir que l’ours, malgré le froid environnant, conserve une bonne chaleur corporelle. L’été, sa température ressemble à la nôtre. 37 ou 38 degrés celsius. L’hiver, elle descend à 33-35. Parfois même jusqu’à 31. Ses battements cardiaques passeront de 50 à la minute à seulement 10 à la minute. Durant toute cette période, l’ours ne boira pas, n’urinera pas, et ne défèquera pas. Ça aide à conserver la tanière propre, elle qui permet tout juste à l’ours de se retourner (Si elle était plus grande, elle serait moins chaude).

Pour passer à travers ces mois froids et difficiles, l’ours doit se gaver. En fait, il ne fait que cela lorsqu’il est éveillé. Il doit prendre le plus de poids possible pour être capable, lorsque l’hiver sera là, de survivre jusqu’au printemps. De mai à novembre, mois où il entre en dormance, l’ours doit ingurgiter de 5000 à 8000 calories par jour. Plus s’il le peut. Durant l’hiver, son système transformera ses graisses en sucre, ce qui lui permettra de survivre. À la sortie de la tanière, il aura perdu environ 25 ou 30% de sa masse corporelle, plus s’il s’agit d’une femelle avec de nombreux oursons.

Question alimentation, l’ours est encore victime de mythes. Dans nos imaginaires, on le voit manger de la viande et du miel. Dans les faits, l’ours est un omnivore qui mange surtout des végétaux comme des framboises, des bleuets, des noix, des herbes, etc. D’ailleurs, l’été dernier, je suis tombé face à face avec un ours qui broutait littéralement les herbes grasses du sentier dans lequel je me promenais pour faire de la photo.

Les protéines, il les puisera bien davantage dans les insectes que les mammifères. C’est un gros mangeur de fourmis. Il éventre les souches de bois mort pour découvrir les fourmilières.

J’en vois parfois circuler sur les berges du Saint-Laurent. Les coquillages et autres mollusques sont là facilement atteignables, et ils sont très enrichissants. C’est une aubaine pour un gourmand comme l’ours noir.

Oui, il arrive parfois qu’un ours attrapera un veau orignal, mais cela relève davantage de l’exceptionnel que de la règle. Une femelle orignal est très bien outillée pour faire face à un ours. Alors les juvéniles ou les femelles avec oursons ne s’y risqueront pas. On croit souvent qu’un ours noir est énorme, alors qu’il s’agit d’un animal au poids relativement modeste. Une femelle pèsera quelque chose comme 150 livres, le mâle un peu plus de 200 livres. C’est peu pour s’attaquer à un animal aussi puissant qu’un orignal adulte.

Si un veau orignal se perd, il a par contre de fortes chances de rencontrer un prédateur – coyote, loup ou ours- qui n’en fera qu’une bouchée. Mais l’ours n’est pas spécialisé- quoiqu’en disent certains chasseurs afin de justifier leur braconnage- dans la chasse au veau orignal.

Chez l’ours noir, l’accouplement a lieu en juin. Et là encore, cette espèce démontre qu’elle est fort bien outillée pour passer à travers l’hiver. La gestation est chez l’ours différée. C’est-à-dire que l’embryon ne s’implantera dans l’utérus de la femelle que l’automne venu, soit quelques mois après la fécondation. Si la femelle est assez grasse, ça fonctionnera. Si elle ne l’est pas, l’embryon mourra. Quand tout va bien, la femelle donnera naissance à ses petits en janvier. Ils pèseront quelque chose comme 200 ou 300 grammes. Au sortir de la tanière, en avril ou en mai, tout dépendant des régions, ils pèseront 4 ou 5 livres.

De nos jours encore, l’ours a mauvaise presse. On le décrit comme un animal rôdant autour des chalets pour mieux les défoncer, ou comme un animal qui n’hésite pas à s’attaquer à l’humain. Or, quand on cherche dans toutes les archives du Québec, on ne peut retrouver la trace que de 6 attaques mortelles sur un humain. C’est fort peu. Et ça ne justifie aucunement la réputation qui est faite à cet animal magnifique et dont l’importance pour nos écosystèmes n’est plus à faire.

Parce qu’il est aussi approprié de s’auto-féliciter !

Je suis bien content de moi!

Le nouveau numéro du magazine Nature Sauvage vient de paraître. (Vous pouvez le trouver dans les kiosques à journaux, et vous devriez l’acheter pour encourager cette publication qui parle de la nature à nous). Et mes images y sont très présentes!

J’ai tout d’abord des anémones qui font la couverture!!!

J’ai un crabe des neiges qui sert à illustrer les propos de Lyne Morissette sur l’avenir des océans.

J’ai une rainette faux-grillon qui sert à illustrer les propos de Louise Gratton sur l’avenir du territoire. (Cette photo se retrouve d’ailleurs dans mon calendrier https://patrickrbourgeois.com/categorie-produit/calendrier/

Et j’ai aussi remporté la troisième position du concours de photo dans la catégorie Saint-Laurent avec une photo de maquereaux!!! (Cette photo se retrouve d’ailleurs dans mon calendrier!! https://patrickrbourgeois.com/categorie-produit/calendrier/

On va dire que j’ai fait ma part pour ce numéro, qui est le 50ème de la revue en plus 🙂

Je joins les photos en question, pour que vous puissiez mieux les voir.

La saison du piégeage

Les premiers flocons commencent à tomber sur le Québec. C’est le signal, pour moi, de l’ouverture de la saison du piégeage.

Mais du piégeage photographique, bien sûr.

Pour ce faire, je me rends dans les environs de ma maison de la forêt. C’est un endroit sûr pour disposer mes pièges. Dans la région de Montréal, il y a beaucoup trop de monde, et les risques sont trop grands que quelqu’un vole mes caméras laissées aux bons soins de la nature.

J’aime beaucoup l’hiver pour le piégeage. Je trouve que les images ainsi obtenues sont plus belles que durant l’été. Les coups de flashs, sur la végétation, ça donne un rendu qui me plaît moins que sur la neige.

Mais l’hiver, c’est plus dur que l’été.

Il faut très bien connaître le comportement de l’espèce visée quand vient le temps de placer son piège. Il faut aussi espérer que le sujet collaborera et qu’il se placera correctement dans la zone de focus. Et l’hiver, il faut en plus élaborer nos plans en considérant le froid; ce froid qui tue les piles si rapidement! Et qui gèle nos mains alors qu’on manipule nos appareils.

Certaines personnes se disent que le piégeage, c’est facile, puisque le photographe n’est pas sur place au moment de la prise de la photo. Hé bien, je me dois de rétorquer que c’est dans les faits très, très difficile. À l’aide de cette technique, je ne réussis que quelques bonnes photos par année. À ce jeu, les échecs sont bien plus nombreux que les réussites.

Parce que le sujet nous montre très souvent ses fesses au lieu de sa tête:

Le sujet peut aussi passer trop près de la caméra:

Il peut aussi passer trop loin:

Alors qu’à d’autres occasions, c’est une autre espèce qui déclenche la caméra:

Mais quand tu réussis ton coup, tu parviens à réaliser des photos qui sortent de l’ordinaire. Elles offrent une proximité avec l’animal qu’il est très difficile, voire impossible, d’atteindre en étant présent sur les lieux, caméra en mains. Et à l’aide de cette technique, on parvient à ce que l’animal nous offre une attitude tout autre que lorsqu’on le pose, en étant pas trop loin de lui. Avec le piégeage, il semble plus calme, moins stressé.

Dans les prochains jours, je vous ferai une vidéo, sur le terrain, pour vous montrer comment j’installe mes pièges. Au jour le jour, on ira les visiter, et on espérera attraper quelques images dignes de mention. C’est à suivre!

Confier sa progéniture au garde-manger

Les nudibranches sont omniprésents dans les eaux de l’estuaire du Saint-Laurent. Ce sont de sympathiques mollusques qui déambulent partout où on porte le regard.

Il y a plusieurs espèces dans nos eaux. Le nudibranche couleur saumon, couleur rouge, le nudibranche hérissé, le doris rugueux, etc.

Tous ont la particularité d’être lents. Très lents. Et de ne pas vivre longtemps. En plus, ils sont quasi aveugles. Leurs yeux se trouvent dans leur tête et ne servent qu’à percevoir le degré de luminosité.

Tout ça peut devenir un problème lorsque vient le temps de trouver sa nourriture.

Les nudibranches affectionnent particulièrement les hydroïdes. Les méduses. Et les framboises de mer.

L’adulte pond donc ses oeufs tout près de ces sources de nourriture. En naissant, les nudibranches juvéniles auront donc à portée de bouche de précieuses réserves alimentaires. Ils passeront de ce fait la majeure partie de leur vie dans ce secteur.

Nudibranche et ses oeufs

Sur cette photo, on aperçoit bien que les oeufs se trouvent tout juste à proximité d’une framboise de mer. En naissant, les jeunes nudibranches trouveront donc, et facilement, de quoi se sustenter.

L’amour chez les crabes

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Dans l’estuaire du Saint-Laurent, les crabes sont omniprésents. Au cours d’une seule plongée, on est assuré d’en voir plusieurs. Parfois même des dizaines, voire des centaines.

Il y a deux espèces que l’on observe plus fréquemment. Le crabe commun (Cancer irroratus) et le crabe-araignée (Hyas araneus). Le crabe-araignée a les pattes plus longues que le crabe-commun. Et son corps est proportionnellement plus petit comparativement au crabe commun.

Crabe commun
Crabe-araignée

Les deux espèces se rencontrent sensiblement dans les mêmes environnements. Et les deux sont des opportunistes qui mangent ce qui passe à leur portée. En ce qui a trait à la reproduction, il y a une différence notable entre ces espèces. Le crabe-araignée mâle peut s’accoupler même si la femelle ne vient pas de muer. Alors que le crabe commun, lui, ne le peut pas. Il doit attendre que la femelle mue et change de carapace. La nouvelle étant molle quelque temps, c’est alors l’occasion que le mâle attendait pour se reproduire.

Mais comment fait-il, ce crabe commun mâle, pour être au bon endroit au bon moment, c’est-à-dire au moment de la mue de sa partenaire? Pas compliqué. Il la kidnappe et attend tout simplement qu’elle mue. D’un premier regard, ça peut donner l’impression d’une scène romantique alors qu’on est plutôt confronté – si nous n’avons pas peur de l’anthropomorphisme – à de la violence conjugale 😉

Couple de crabes communs

Il y a une troisième espèce de crabe que l’on peut rencontrer dans les profondeurs de l’estuaire du Saint-Laurent. C’est le crabe des neiges. C’est une espèce qui apprécie particulièrement les eaux très froides. C’est pourquoi il faut descendre en profondeur, l’été, si on veut avoir une chance de l’observer.

Par rapport à la reproduction, le crabe des neiges adopte un comportement similaire au crabe commun, c’est-à-dire qu’il kidnappe lui aussi sa femelle. Mais dans ce cas-ci, l’image ainsi créée est beaucoup plus étrange. C’est que le mâle, chez cette espèce, est beaucoup plus gros que la femelle. Lorsqu’on les voit liés ensemble, ça donne une impression de couple fortement dépareillé.

Les trésors sont sous les roches

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L’estuaire du Saint-Laurent est un écosystème qui livre ses secrets avec parcimonie. D’une part, parce qu’il est tellement hostile à l’humain qu’il est difficile à étudier; alors les chercheurs y sont peu nombreux. Et d’autre part parce que ses habitants savent se faire excessivement discrets.

On a beau approcher les animaux le plus délicatement possible en évoluant sous les flots, ils nous sentent toujours venir. Lorsque la visibilité est limitée, le résultat est qu’ils fuient avant même qu’on les aperçoive. Ça, c’est vrai pour les bons nageurs, comme les poissons pélagiques. Les animaux benthiques, eux, sont passés maîtres dans l’art du camouflage. Lorsqu’ils détectent notre présence, ils cessent de remuer la moindre écaille. Il faut vraiment avoir l’oeil alerte pour les repérer.

Comme si le défi n’était déjà pas assez relevé, plusieurs de ces mêmes animaux marins qui apprécient le fond comme milieu de vie savent se trouver les meilleures cachettes. Lorsqu’on explore l’estuaire, il faut donc scruter minutieusement les anfractuosités entre les rochers. C’est souvent là que se terrent les plus beaux animaux.

Pour repérer les cachettes du formidable loup atlantique (Anarhichas lupus), il y a un truc bien simple. Il faut trouver des sites dont les sols sont jonchés de coquilles broyées. Les mâchoires du loup sont puissantes et détruisent les exosquelettes et les coquilles qui protègent les proies qu’il consomme. Comme il ne mange pas très proprement, il est toujours assez aisé de repérer les restes de ses repas. Quand c’est chose faite, vous pouvez être quasi assuré de pouvoir observer dans l’instant qui suit un gros loup bien tapi dans son repaire.

Sur mes sites se trouve un autre poisson anguilliforme qui aime bien vivre lui aussi sous les roches. Il s’agit de la loquette d’Amérique (Zoarces americanus). C’est un poisson un peu plus petit que le loup, loup qui peut mesurer plus d’un mètre et demi de long. Et qui est plus difficile à trouver. Enfin cela est vrai sur mes sites, car il n’y est là pas très présent. Il apprécie davantage les faibles profondeurs, et mes sites sont des tombants profonds qui conviennent bien davantage au loup. Mais lorsque je parviens à croiser la route de la loquette, celle-ci se dissimule presque tout le temps entre des rochers. Je ne l’aperçois que très rarement sortie de son repaire.

L’on sait que les bouleversements climatiques provoquent de nouvelles migrations. L’une d’entre-elle concerne le homard américain (Homarus americanus) qui fuit de ce fait les eaux du sud pour celles du nord. Le secteur que je plonge représentait une limite difficilement franchissable pour cet animal. Parce que l’eau y est un peu trop froide à son goût. Mais cela était surtout vrai jadis. Depuis quelques saisons, je vois apparaître de plus en plus d’homards sur mes sites.

Chez nous, si on veut les voir en activité, il faut plonger la nuit. Durant le jour, il imite plusieurs des autres espèces de l’estuaire et il demeure bien caché sous les rochers.

Explorer l’estuaire du Saint-Laurent impose de modifier complètement notre attitude. Nos vies vont vite, on le sait, et lorsqu’on descend sous les flots, on a tendance à maintenir ce rythme et à nager beaucoup trop activement. Ce faisant, on passe trop rapidement devant les trous entre les rochers. Et c’est comme ça qu’on perd la chance d’observer les trésors du Saint-Laurent qui s’y tapissent.

Mon entrevue à Radio-Canada

Pour ceux qui voudraient écouter l’entrevue que j’ai ce matin accordée à la radio de Radio-Canada au sujet de mes calendriers et de la photo animalière, c’est par là que ça se passe:


https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/bonjour-la-cote/segments/entrevue/209940/patrick-bourgeois-photographe-calendrier-animalier

Ceux qui voudraient m’acheter un calendrier, c’est plutôt par là que ça se passe: https://patrickrbourgeois.com/services/boutique/

Merci de me suivre.

Et de partager, si le coeur vous en dit!