L’Ours noir: fabriqué pour résister à l’hiver québécois

Il y a un mythe concernant cet animal extraordinaire. On entend souvent dire qu’il hiberne. Mais ce n’est pas vraiment le cas. Durant l’hiver, l’ours noir (Ursus americanus) entre plutôt dans un état de torpeur. Une sorte de léthargie. Mais il peut se réveiller à tout moment. Surtout s’il est dérangé. C’est pourquoi, il faut prendre bien des précautions et ne pas s’approcher du lieu qu’un ours a choisi pour passer l’hiver.

Une autre légende, probablement issue des dessins animés, nous porte à croire que l’ours se trouve une grande caverne. Et que c’est là qu’il vit, été comme hiver. Alors qu’en fait, lorsque l’ours sent le moment d’entrer en repos afin de passer l’hiver, il cherchera bien davantage des souches, des arbres renversés, sous lesquels il creusera et s’enfouira. Il peut aussi se loger dans des troncs d’arbres, et même des huttes de castors. Les femelles élaborent de meilleurs abris hivernaux que les mâles, les tapissant de feuilles et de fougères.

Ces lieux sont repérables l’hiver car l’ours, en respirant, et de par sa chaleur, crée des genres de cheminées dans la neige. Des espèces de trous de respiration, si on veut. Il ne faut surtout pas s’en approcher, au risque de déranger l’ours qui y dort, et risquer ainsi de mettre sa sécurité physique à mal.

Il faut savoir que l’ours, malgré le froid environnant, conserve une bonne chaleur corporelle. L’été, sa température ressemble à la nôtre. 37 ou 38 degrés celsius. L’hiver, elle descend à 33-35. Parfois même jusqu’à 31. Ses battements cardiaques passeront de 50 à la minute à seulement 10 à la minute. Durant toute cette période, l’ours ne boira pas, n’urinera pas, et ne défèquera pas. Ça aide à conserver la tanière propre, elle qui permet tout juste à l’ours de se retourner (Si elle était plus grande, elle serait moins chaude).

Pour passer à travers ces mois froids et difficiles, l’ours doit se gaver. En fait, il ne fait que cela lorsqu’il est éveillé. Il doit prendre le plus de poids possible pour être capable, lorsque l’hiver sera là, de survivre jusqu’au printemps. De mai à novembre, mois où il entre en dormance, l’ours doit ingurgiter de 5000 à 8000 calories par jour. Plus s’il le peut. Durant l’hiver, son système transformera ses graisses en sucre, ce qui lui permettra de survivre. À la sortie de la tanière, il aura perdu environ 25 ou 30% de sa masse corporelle, plus s’il s’agit d’une femelle avec de nombreux oursons.

Question alimentation, l’ours est encore victime de mythes. Dans nos imaginaires, on le voit manger de la viande et du miel. Dans les faits, l’ours est un omnivore qui mange surtout des végétaux comme des framboises, des bleuets, des noix, des herbes, etc. D’ailleurs, l’été dernier, je suis tombé face à face avec un ours qui broutait littéralement les herbes grasses du sentier dans lequel je me promenais pour faire de la photo.

Les protéines, il les puisera bien davantage dans les insectes que les mammifères. C’est un gros mangeur de fourmis. Il éventre les souches de bois mort pour découvrir les fourmilières.

J’en vois parfois circuler sur les berges du Saint-Laurent. Les coquillages et autres mollusques sont là facilement atteignables, et ils sont très enrichissants. C’est une aubaine pour un gourmand comme l’ours noir.

Oui, il arrive parfois qu’un ours attrapera un veau orignal, mais cela relève davantage de l’exceptionnel que de la règle. Une femelle orignal est très bien outillée pour faire face à un ours. Alors les juvéniles ou les femelles avec oursons ne s’y risqueront pas. On croit souvent qu’un ours noir est énorme, alors qu’il s’agit d’un animal au poids relativement modeste. Une femelle pèsera quelque chose comme 150 livres, le mâle un peu plus de 200 livres. C’est peu pour s’attaquer à un animal aussi puissant qu’un orignal adulte.

Si un veau orignal se perd, il a par contre de fortes chances de rencontrer un prédateur – coyote, loup ou ours- qui n’en fera qu’une bouchée. Mais l’ours n’est pas spécialisé- quoiqu’en disent certains chasseurs afin de justifier leur braconnage- dans la chasse au veau orignal.

Chez l’ours noir, l’accouplement a lieu en juin. Et là encore, cette espèce démontre qu’elle est fort bien outillée pour passer à travers l’hiver. La gestation est chez l’ours différée. C’est-à-dire que l’embryon ne s’implantera dans l’utérus de la femelle que l’automne venu, soit quelques mois après la fécondation. Si la femelle est assez grasse, ça fonctionnera. Si elle ne l’est pas, l’embryon mourra. Quand tout va bien, la femelle donnera naissance à ses petits en janvier. Ils pèseront quelque chose comme 200 ou 300 grammes. Au sortir de la tanière, en avril ou en mai, tout dépendant des régions, ils pèseront 4 ou 5 livres.

De nos jours encore, l’ours a mauvaise presse. On le décrit comme un animal rôdant autour des chalets pour mieux les défoncer, ou comme un animal qui n’hésite pas à s’attaquer à l’humain. Or, quand on cherche dans toutes les archives du Québec, on ne peut retrouver la trace que de 6 attaques mortelles sur un humain. C’est fort peu. Et ça ne justifie aucunement la réputation qui est faite à cet animal magnifique et dont l’importance pour nos écosystèmes n’est plus à faire.

Philippe Henry parle de son art

Philippe Henry est Français.  Il s’est installé au Québec en 1994.  Sa profession?  Photographe animalier, bien sûr!

Henry avait commencé la photographie animalière alors qu’il vivait toujours dans l’Est de la France. Il s’intéressait particulièrement au cygne sauvage. Au Québec, il a poursuivi son travail.  Avec la grande faune particulièrement.  C’est entre autres un amoureux des orignaux!

Il a aussi eu la chance de travailler avec Harold Arsenault sur un projet concernant le caribou des bois, en Gaspésie.  Arsenault a fait un film magnifique sur le sujet.  Le film s’intitule La dernière harde.

Pour entendre l’histoire de Philippe Henry, c’est par ici:

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